Région : Stellenbosch
Superficie : 70 hectares, dont 52 de vignes
Niché au pied de la montagne du Simonsberg, L’avenir est situé à 5 km au nord de Stellenbosch. D’après les normes sud-africains, il s’agit d’une petite exploitation viticole, quand les fermes de 4000 ha avec 200 ha de vignobles sont monnaie courante.
Ici, pas de terrain de polo ou de luxe tapageur : la vigne, les bâtiments d’exploitation, et une guesthouse intime, de style un peu seventies, avec juste 9 chambres confortables, disposées autour d’une piscine.
A l’image de presque tous les domaines, la propriété est d’un seul tenant, avec les vignes situées sur différentes expositions, permettant de cultiver une dizaine de cépages différents.

L’Avenir, comme bon nombre de wineries, a été constitué et conçu en 1992, à l’époque où la fin de l’apartheid a permis à l’Afrique du Sud de s’ouvrir sur le monde et d’envisager à juste titre un futur prometteur.
Malade depuis quelques années, l’ancien propriétaire, Marc Wiehe, a décidé de vendre en 2005. Son associé, le winemaker sud-africain François Naudé, descendant de Huguenots (les français émigrés au Cap au XVIIème et XVIIIème siècle, fuyant les persécutions religieuses), s’est résolu à contre-c’ur à prendre sa retraite. Il aurait bien repris la gestion du domaine à son compte, mais les investissements nécessaires pour moderniser la propriété sont lourds.
Le nouveau propriétaire est français, il s’appelle Michel Laroche. En octobre 2005, la nouvelle de son acquisition de 51% des parts était rendue publique.
A son instigation, un jeune winemaker sud-africain, Tinus Els (photo ci-dessous), est arrivé en septembre 2005.
Avant de rejoindre L’Avenir, Tinus Els était « flying-winemaker » ; diplômé d”nologie et de viticulture en Afrique du Sud, il a voyagé à partir de 1999 pour vinifier un peu partout pour le compte de divers employeurs, en France (Bordeaux, Minervois), en Espagne, en Amérique du Sud. C’est au Chili, début 2005, qu’il rencontre Julian Grapp, le winemaker local de Viña Punto Alto, propriété de Michel Laroche. Tinus entre alors en contact avec le français, qui lui offre l’opportunité de retourner en Afrique du Sud pour y mener ses premières vinifications. Il accepte aussitôt avec enthousiasme.
Que va faire Laroche à L’Avenir ? Dans un premier temps, imposer son identité marketing : rajeunir les étiquettes, apposer son nouveau logo sur des vins vinifiés par l’ancienne équipe mais dont la qualité sera validée par la nouvelle, et intégrer ces vins dans la gamme de plus en plus large de son petit empire. Des bouteilles plus lourdes en verre foncé ont été retenues pour les meilleures cuvées, et des capsules à vis sont prévues pour les vins d’entrée de gamme, particulièrement les blancs car les consommateurs y sont plus tolérants.
Mais L’Avenir a également grand besoin d’ investissements dans son outil de production, prévus à partir de septembre 2006.
Tout les bâtiments et installations techniques datent de 1992, et si les standards d’il y a une quinzaine d’années permettent toujours d’effectuer un travail correct, aucune innovation n’a été apportée depuis : les achats d’une table de tri pour réceptionner la vendange, d’une ligne d’embouteillage, et la construction bâtiment climatisé pour le stockage des bouteilles avant commercialisation sont ainsi planifiés prochainement.
Le vignoble doit également faire l’objet d’investissements importants : Une irrigation moderne, c’est-à-dire au goutte-à-goutte, est indispensable. Le coût est considérable : imaginez l’installation de canalisations et de tuyaux au pied de chaque rang de vignes sur plus de 50 hectares’aujourd’hui, l’irrigation en place est dite « additionnelle » : une fois par jour, en période de chaleur, des ouvriers branchent des jets d’eaux tout les 6 ou 8 rangs de vignes, et arrosent les vignes en pleine chaleur’.autant dire que le traitement fait parfois plus de mal que de bien ! Pour résumer, une irrigation au goutte-à-goutte devrait permettre plus de volume (contrôlable grâce aux vendanges vertes), mais surtout une meilleure acidité des raisins, plus d’équilibre et de maturité des tanins.

Autre souci, le mauvaise état du matériel végétal. La gestion des vignobles laisse à désirer, et plusieurs parcelles sont atteintes de maladies. Certains cépages affectés de virus du leafroll, comme les cabernet franc, devront bientôt être arrachés. Clones de piètre qualité ou virus endémiques, une réponse à ces problèmes devra rapidement être trouvée.
Tout juste arrivé, Tinus Els a juste eu le temps de comprendre, d’observer, de faire ses premiers choix de management et de viticulture (éclaircissage, vendanges en vert) Il s’est attaqué avec entrain à la vendange le 13 janvier 2006, prévue sur 6 semaines, en raison des décalages de maturité des différents cépages. Avec une main d”uvre abondante et bon-marché, vendanger à la main n’est pas un problème. Par sécurité et pour plus de flexibilité, la moitié des raisins sont toujours récoltés à la machine.
L’Avenir ne manque pas d’atouts : d’après Tinus Els, « Michel Laroche est conscient des efforts nécessaires mais le jeu en vaut la chandelle. Il mettra en avant les meilleurs vins du domaine, les chenin blanc et pinotage, qui ont toujours fait la réputation de l’Avenir. Pour ces cépages, on peut raisonnablement parler de terroir à la propriété. Nous irons dans le sens d’un style plus fruité, moins boisé, en phase avec les attentes du consommateur ».
L’Avenir est une winery traditionnelle qui se modernise et regarde vers l’Europe. Depuis la France, on aurait volontiers imaginé Laroche miser en Afrique du Sud sur un chardonnay au boisé luxueux, mais il semblerait que les stéréotypes aient fait long feu.
Selon Tinus Els, « le rachat par Michel Laroche va permettre à l’Avenir de gagner en visibilité commerçiale, ce qui est très important ». 70% des vins étaient auparavant déjà commercialisés à l’export, nulle doute que cette présence va se renforcer.
Vins dégustés : (Ces vins sont ceux proposés en février 2006 au domaine. Tous les vins sont fermentés avec des levures exogènes, les rouges subissent 3 ou 4 soutirages et une légère filtration avant la mise) :
-Sauvignon blanc 2005 *** (12)
Un peu d’acide malique ajouté avant la mise en bouteille. Nez assez fin, le côté variétal n’est pas trop marqué. Assez court et simple.
-Chenin 2005 **** (14)
15% de fût de chêne utilisé. Nez discret, bouche au fruit expressif, abondant, bonne concentration et équilibre d’ensemble.
-Chardonnay 2004 ***/* (13)
Vin élevé en fûts de chêne, dont 20% neuf. Caractère tropical, style très mûr, assez lourd. Boisé marqué en finale.
-Stellenbosch classic 2004 **** (14,25)
Assemblage de cabernet-sauvignon (69%), Merlot (11%), cabernet franc (11%) et pinotage (9%), élevé 14 mois en barriques. Nez assez frais, petits fruits rouges. Bouche assez suave, fruit rond et mûr, bonne matière, tannins doux un peu secs en finale. L’équivalent sud-africain d’un Bordeaux de bonne facture, avec la personnalité du pinotage en plus.
-Cabernet-Sauvignon 2003 ***/* (13)
Elevage de 14 mois en fûts de chêne, dont 70% de neufs. Nez marqué par le chocolat, bouche juteuse, fruit savoureux, tanins secs, un peu verts. Tannique, assez serré. Manque un peu d’équilibre et de finesse.
-Pinotage 2004 **** (14,5)
Elevage de 12 mois en fûts de chêne, dont 50% de neufs. Beau nez intense de fruits rouges et noirs mûrs et épicés. De la fraîcheur, texture assez raffinée en bouche, bon équilibre, tannins doux et fins. Bon vin assez élégant, long.
-Grand Vin Pinotage 2004 ****/* (15,5)
Elevage de 14 mois en fûts de chêne neufs. 5000 bouteilles seulement. L’étiquette annonce « Old Bushvines » (vieux pieds de vigne en buisson, c’est-à-dire non palissés) ; Les vignes n’ont que 15 ans, ce qui passe pour âgé en Afrique du Sud, compte tenu de leurs durées de vie très courtes. Nez intense, réglisse, fruits noirs, notes un peu florales. Bouche pleine de sève, concentrée, profonde et dense, tanins abondants. Bois neuf très bien intégré. Belle longueur. Grande personnalité, très original.
En résumé : Indiscutablement, les deux pinotage sont ici les meilleurs vins. Avec celui de Grangehurst, ce sont d’ailleurs les meilleurs exemples de ce cépage qu’il m’ait été donné de déguster. Le reste de la gamme est beaucoup plus banal, et offre peu d’intérêt. Les changements annoncés devraient permettre d’obtenir une meilleure qualité de raisin, tant à la vigne qu’en cuverie.














